Intervention de Bernard Combes lors de l'assemblée plénière du Conseil départemental du 15 février 2019 (discours d'introduction)

Monsieur le Président, mes chers collègues,

 

Notre pays est affecté par un mouvement revendicatif qui n’est sans doute pas près de s’éteindre. Les rassemblements s’étioleront peut-être, mais probablement pas les revendications mêlées de ressentiment, la colère comme disent souvent les commentateurs.

 

Ou alors il faudrait que le « grand débat » décidé par le chef de l’État débouche sur des décisions extrêmement fortes, quasi révolutionnaires. De la part d’un gouvernement qui a supprimé l’impôt sur la fortune, je n’y crois pas.

Et pourtant, ce sont bien les inégalités qui suscitent et alimentent le climat revendicatif.

 

Les inégalités entre les Français, entre ceux qui ont beaucoup beaucoup d’argent et ceux qui ont à peine de quoi faire vivre leur famille même s’ils ont un emploi ou encore ceux qui ont une retraite squelettique. Les inégalités entre les territoires aussi, bien sûr, qui aggravent souvent les précédentes.

 

Ce n’est pas simplement en réduisant le nombre de parlementaires ou en organisant des référendum qu’on ramènera la concorde dans notre pays. C’est en réduisant le plus possible les inégalités.

 

- Les inégalités entre les individus par le rétablissement de l’impôt sur la fortune et la création d’un revenu minimum universel.

- Les inégalités territoriales par la création de zones franches et autres aides supplémentaires à l’activité économique et à l’emploi dans les territoires très ruraux en prélevant une part de la richesse qui se concentre dans les métropoles.

 

C’est cela seulement qui peut permettre de stopper la diminution de la population et donc l’appauvrissement collectif dans des départements comme la Corrèze.

C’est cela seulement qui peut permettre, dans ces départements, d’attirer ou de développer des entreprises, donc de créer des emplois, donc d’attirer des habitants, donc des enfants, donc de maintenir des écoles et des commerces. C’est beaucoup plus efficace que le simple marketing… mais c’est plus difficile à obtenir.

Il y a à ce sujet de très bonnes propositions dans la contribution du Conseil départemental de la Corrèze au « grand débat ». Nous avons d’ailleurs apprécié que nos suggestions et remarques, en particulier dans les domaines de l’écologie et de l’économie, aient été prises en compte. Il reste à espérer que Paris les retiendra… Il faudra sûrement répéter et rabâcher ces demandes pour qu’elles soient retenues.

 

À ce propos, j’ai vu que le ministre de la Transition écologique et solidaire, lorsqu’il est venu en Corrèze lundi dernier, a souhaité que la forêt soit davantage exploitée et que le bois soit davantage utilisé pour la construction et le chauffage.

 

Il ne tient qu’à lui, ministre de la transition écologique ET solidaire, et à ce gouvernement de prendre des mesures pour développer l’exploitation durable des forêts et l’utilisation du bois.

 

Je rappelle que notre assemblée avait adopté à l’unanimité, il y a un peu plus d’un an, une motion qui demandait l’affectation de ressources financières aux collectivités les plus boisées, notamment le Département de la Corrèze. Des ressources qui seraient destinées précisément à développer l’exploitation durable des forêts et les industries du bois, ce qui permettrait non seulement de réduire le déficit de la balance commerciale de la France, mais aussi de soutenir l’économie et l’emploi dans de nombreux territoires ruraux, notamment en Corrèze.

 

Ces aides versées aux collectivités boisées seraient financées en partie par la taxe carbone et en partie par la création d’une taxe sur l’artificialisation des sols, c’est-à-dire sur les terrains naturels ou agricoles convertis en zones construites, bétonnées ou goudronnées. C’est de l’écologie et de la solidarité. François de Rugy devrait s’y retrouver.

 

Pour que ces propositions soient retenues, il faudra beaucoup insister et insister encore.

Il faut toujours se battre pour obtenir de l’État central l’implantation d’activités dans les territoires ruraux. Et par la suite il faut encore se battre pour les conserver. C’est ce que nous avons fait à Tulle, les élus et les syndicats, pour conserver le Pôle graphique du ministère de la défense et les emplois qui vont avec.

 

Puisque le gouvernement a annoncé la suppression de 4.500 postes d’agents de l’Etat dès cette année et plus de 10.000 l’an prochain, il est sûr qu’il faudra encore se battre pour que ces postes ne soient pas supprimés en priorité dans les territoires ruraux, notamment dans les écoles et les hôpitaux. On aura d’ailleurs encore des suppressions de classe pas toujours justifiées à la prochaine rentrée en Corrèze.

 

On sait bien que le maintien d’un réseau de services publics suffisamment dense est vital pour éviter la désertification des espaces ruraux. Si des postes d’agents de l’État doivent être supprimés, mieux vaudrait les chercher dans les administrations centrales, qui sont beaucoup moins en contact avec le public et peuvent s’appuyer sur les outils numériques.

 

Voilà pour mes remarques générales. Nous interviendrons sur chacun des rapports de cette séance une fois qu’ils auront été présentés, Monsieur le Président. Dans l’immédiat, je souhaite vous soumettre quelques questions dont je n’ai pas trouvé les réponses dans les rapports.

 

- Les médecins Pour repeupler les déserts médicaux, tous les départements ruraux cherchent à attirer des médecins avec des aides ou des dispositifs attractifs, voire alléchants, y compris le salariat. Vous avez prévu d’ouvrir cette année un Centre de santé départemental doté de 10 médecins salariés. Où en êtes-vous de vos recherches pour trouver ces 10 médecins ? Ce Centre pourra-t-il ouvrir à la date prévue ?

 

- Les routes Vous avez mis en place à l’automne un nouveau dispositif de gestion du réseau routier départemental baptisé Routes 4.0. Il semble que cette réorganisation et ce redéploiement des agents n’aient pas été satisfaisants, en tout cas pas pleinement efficaces à l’occasion des récents épisodes de neige et de verglas. Comptez-vous apporter des modifications à ce dispositif et si oui lesquelles ?

 

- Les apprentis Vous mentionnez le recours à l’apprentissage dans les services du Département. Combien d’apprentis avez-vous accueilli en 2018 et combien avez-vous prévu d’en former cette année ?

 

- Les départs Vous indiquez que vous avez enregistré en 2018 davantage de départs en retraite, de demandes de mutation et de demandes de disponibilité que prévu. Pouvez-vous nous préciser les chiffres 2018 et 2017 des départs en retraite, des demandes de mutation et des demandes de disponibilité parmi les agents du Conseil départemental ? Comment expliquez-vous ce nombre important de départs de la collectivité ?

 

Monsieur le Président, mes chers collègues, je vous remercie.

L’équité territoriale, une urgence

Il y a un an, bien avant le soulèvement des Gilets jaunes, j’avais présenté au Conseil départemental, au nom des élus du groupe Corrèze à gauche, une motion demandant des mesures structurelles en faveur des territoires ruraux comme le nôtre. Cette motion avait été adoptée à l’unanimité. Les choix annoncés par le chef de l’Etat et le gouvernement me font craindre que seule la question du pouvoir d’achat des foyers modestes, certes vitale, sera prise en compte. Et que les territoires ruraux seront une fois de plus les grands oubliés. Les habitants de ces départements ne veulent plus être des citoyens de seconde zone. Les cahiers de doléances remplis par les Gilets jaunes dans bien des mairies corréziennes le montrent amplement. Et les élus de toutes ces communes, qui se battent pour ne pas perdre une école, une entreprise, un bureau de poste ou un guichet de gare, le savent bien. Ce n’est pas du rapiéçage que nous demandons, mais une véritable transfusion sanguine en faveur des espaces ruraux. Des territoires en passe de devenir des déserts économiques, des déserts d’emplois, des déserts de services publics, sans parler des déserts médicaux. La motion adoptée il y a un an demandait des mesures fiscales fortes, y compris par la création de zones franches, en faveur des entreprises, des artisans et du commerce de proximité implantés dans les territoires les moins peuplés ou qui perdent des habitants comme la Corrèze. Si on veut rétablir de l’équité territoriale dans notre pays, « il convient de prélever durablement sur les territoires qui reçoivent toujours plus pour donner à ceux qui reçoivent toujours moins », disait la motion. C’est plus que jamais d’actualité. Il y a urgence. À toutes les Corréziennes et à tous les Corréziens, les élus de gauche souhaitent une meilleure année 2019. Et que cet appel soit entendu. 

 

(Texte du groupe Corrèze à gauche paru dans le Corrèze Mag de janvier 2019)

Intervention de Bernard Combes lors de l'assemblée plénière du Conseil Départemental le 28 novembre 2018

Monsieur le Président, mes chers collègues,

 

La Corrèze s’appauvrit.

Notre département perd des habitants.

Notre département perd aussi des emplois : selon les dernières statistiques publiées par la DIRECCTE de Nouvelle Aquitaine, le nombre total d’emplois salariés, en Corrèze, a ainsi baissé en un an de 0,6 %, alors qu’il a augmenté dans tous les autres départements de Nouvelle Aquitaine sauf en Creuse, où il a reculé de 0,9 %...

 

Il est clair, Monsieur le Président, que les actions de votre majorité pour favoriser les créations d’emplois tardent à porter leurs fruits. C’était pourtant le thème central de votre programme… Il est vrai que le pilotage de l’action économique est désormais dévolu aux Régions. Mais le Département a aussi son rôle à jouer, ne serait-ce que par ses investissements. Sans oublier les emplois liés à toutes ses actions sociales.

En tout cas, les chiffres prouvent que vos actions de promotion de la Corrèze ne sont pas efficaces. Vous misez beaucoup sur la fibre pour attirer des habitants et des entreprises. Mais tous les départements ruraux s’y mettent aussi… La fibre est nécessaire, mais ce n’est pas une baguette magique. Il faut d’abord des emplois, des médecins et des écoles pour attirer ou même conserver des habitants.

 

Nous savons bien que si la Corrèze s’appauvrit, ce n’est pas seulement de votre faute. C’est aussi celle du gouvernement. Je prendrai un exemple : celui du Pôle graphique de Tulle, qui est implanté sur le site de l’ex-GIAT Industries.

Cette activité d’impression est nécessaire au ministère de la Défense. Le problème est que les départs en retraite ne sont pas remplacés et que le Pôle graphique doit donc avoir recours à des sous-traitants pour assurer ses commandes.

La secrétaire d’Etat à la Défense est venue sur place il y a deux mois. L’objectif était qu’on lui expose la situation et qu’elle rencontre le personnel afin qu’elle prenne conscience des besoins et qu’elle prépare des solutions, c’est-à-dire un programme d’embauches.

N’ayant pas de nouvelles malgré l’engagement qu’elle avait pris d’en apporter dans un délai raisonnable à la Ville de Tulle et à l’entreprise, je me suis rendu au ministère de la Défense il y a une douzaine de jours afin de plaider à nouveau pour l’avenir du Pôle graphique et pour l’emploi à Tulle et en Corrèze.

J’ai été reçu par le secrétaire général de l'administration de la défense, mais je n’ai toujours pas obtenu de réponse ! Et je comprends que les salariés de l’établissement commencent, comme moi, à perdre patience ! Il semblerait maintenant que la secrétaire d’Etat reviendrait à Tulle en décembre… Espérons qu’elle apportera enfin les décisions que l’on attend pour l’entreprise et pour le territoire !

On ne peut pas, en même temps, proclamer une volonté de cohésion des territoires, au point d’y affecter une ministre, et laisser s’éteindre à petit feu une entreprise d’Etat qui contribue précisément à cette cohésion des territoires !! Ce serait de la tromperie !

 

On ne peut pas prétendre agir pour la cohésion des territoires en prenant des décisions fiscales qui avantagent les familles les plus riches et les métropoles et qui pénalisent les familles aux revenus modestes et les retraités qui vivent dans les départements ruraux : hausse des taxes sur le carburant et sur le gaz, hausse de la CSG, suppression des emplois aidés, amputation des aides au logement et en même temps suppression de l’impôt sur la fortune…

 

Je comprends donc très bien le ressentiment, l’amertume et parfois la colère qu’éprouvent toutes celles et tous ceux qui ont participé aux actions des Gilets Jaunes. Il est question de réformer la fiscalité locale. Si cette réforme ne prend pas en compte la nécessité de favoriser les territoires ruraux de sorte que les emplois y reviennent, et pas au compte-gouttes, de sorte que les médecins s’y installent, que les services publics, les écoles et les commerces ne ferment plus, alors la cohésion des territoires restera un simple slogan, un songe creux. Et dans ce cas, je peux vous assurer que la prochaine fois, les Gilets Jaunes seront encore beaucoup plus nombreux ! Et peut-être plus désespérés…

 

Certains diront peut-être que le gouvernement a tout de même engagé le programme Cœur de Ville pour aider 222 villes petites et moyennes. C’est vrai et c’est un ballon d’oxygène bienvenu, à Tulle comme à Brive, mais ça ne suffira évidemment pas à inverser la courbe dans notre département. Pour aller vers une véritable cohésion des territoires, il faudra faire beaucoup plus pour les départements ruraux !

 

Et ce n’est pas le nouveau programme que le gouvernement vient de sortir du chapeau des technocrates de l’Etat qui changera grand-chose, du moins à court terme et en tout cas pas pour la Corrèze puisqu’elle n’y figure pas. Il s’agit du programme des 124 territoires où il est question de relancer l’industrie. Avec quels moyens ? On l’ignore encore. Les bassins de Tulle et de Brive, où la mécanique est toujours vivace mais reste fragile, n’ont pas été jugés dignes d’être retenus, mais nos voisins de Figeac sont sur la liste… Il reste à espérer que si ce programme annoncé se concrétise vraiment, les territoires retenus ne vont pas aspirer ce qui fonctionne encore chez nous. Il nous faudra être très vigilants !

 

Pour inverser réellement la courbe, dans des départements comme le nôtre, ce ne sont pas de tout petits pas qu’il faut, ce sont de grands pas !

Je vous rappelle, Monsieur le Président, mes chers collègues, la motion que j’avais présentée il y a un an devant votre assemblée et qui avait été adoptée à l’unanimité. Cette motion tirait déjà le signal d’alarme.

Pour celles et ceux qui l’auraient oublié, je vais en citer quelques passages. Il était écrit qu’en plus de la désertification médicale,  « de nombreux territoires ruraux sont menacés de devenir aussi de vrais déserts économiques, des déserts d’emplois, des déserts scolaires et finalement des déserts démographiques où il ne restera plus que des retraités plus ou moins valides et des résidences secondaires occupées quelques semaines par an. » Et la motion ajoutait : « Les populations de ces territoires se sentent aujourd’hui délaissées, voire abandonnées, et on en voit la traduction aux élections »… On risque d’ailleurs de le voir encore un peu plus aux élections de l’an prochain.

 

La motion disait aussi : « Parallèlement, les activités économiques, les emplois, les professionnels de santé, les établissements d’enseignement et de formation professionnelle, les services publics de l’Etat et finalement la population se concentrent toujours davantage dans les métropoles. Avec les coûts très élevés que cela engendre, notamment pour aménager les infrastructures de transport, construire des logements et des équipements publics et assurer la sécurité… » La motion soulignait déjà que les aides apportées aux territoires les plus ruraux étaient (je cite) « insuffisantes pour enrayer leur déclin économique et démographique », que « des mesures structurelles et pérennes » étaient nécessaires pour sortir ces territoires du « cercle vicieux de la désertification », autrement dit pour assurer une cohésion des territoires.

 

Il y a un an, cette motion demandait des allègements et des exonérations fiscales allant jusqu’à la zone franche pour les entreprises, les artisans et les commerçants installés dans les territoires les moins peuplés, ce qui couvrirait plus des deux-tiers de la Corrèze. Et il était précisé que cette équité fiscale serait financée par un fonds alimenté par les activités économiques et l’augmentation de la population dans les territoires déjà les plus peuplés. On appellerait ça « la cohésion des territoires »…

On l’attend toujours. (Et ce ne sont pas les mesures annoncées hier soir par le chef de l’Etat qui changeront grand-chose. Ce que nous voulons, c’est du concret maintenant !).

 

J’en viens maintenant aux quelques rapports de notre séance plénière.

 

Vous nous présentez un « plan santé », sur le modèle de ce qui a été mis en place en Saône-et-Loire, avec la création d’un pôle à Egletons et de deux antennes, l’une à Bugeat ou Sornac et l’autre à Neuvic ou Bort, pour un total de 10 médecins salariés. C’est tout à fait louable.

 

Vous prévoyez d’ouvrir le pôle d’Egletons au début de l’an prochain, c’est-à-dire dans quelques mois. Comme tous les territoires ruraux en sont à peu près au même point de désertification, et comme ils mettent tous en place des dispositifs incitatifs pour essayer d’y remédier et d’attirer des médecins dans les campagnes, je doute que vous arriviez facilement à trouver 10 médecins qui acceptent de venir s’installer à Egletons, Bugeat ou Neuvic.

 

Toutes les communes corréziennes qui ont créé des maisons de santé, il en existe une bonne vingtaine, dont quelques-unes sont encore en projet, en savent quelque chose. Car les rares médecins volontaires pour s’installer en zone déficitaire, qu’ils soient jeunes ou moins jeunes, français ou étrangers, préfèrent aller dans des territoires où il leur sera plus facile, par exemple, de trouver un emploi pour leur conjoint… Il n’est pas sûr que le fait d’être salariés soit suffisant pour en convaincre beaucoup. Je souhaite, bien entendu, que ce projet réussisse. Rendez-vous dans un an pour faire un premier bilan et aussi pour un premier bilan de l’accueil des étudiants en médecine.

 

J’espère que ce bilan sera encourageant… Mais je reste convaincu que dans des départements comme le nôtre, on n’arrivera pas vraiment à supprimer les déserts médicaux si on n’impose pas aux jeunes médecins, malgré l’hostilité du lobby des syndicats médicaux, l’obligation d’exercer pendant cinq ans par exemple dans une zone déficitaire.

Et bien entendu, il faudra continuer à ramer, à ramer, à ramer tant que des mesures très fortes de l’Etat ne permettront pas à des départements comme le nôtre de remonter la pente de l’emploi et de la population.

 

Pour l’insertion, c’est évidemment la même chose. Il est plus facile d’insérer des bénéficiaires du RSA et autres chômeurs quand ils sont formés à des métiers où il y a de la demande et quand le nombre d’emplois est en augmentation sur le territoire.

Je reconnais que des efforts sont faits par le département. Les résultats restent toutefois difficiles à mesurer. Je souhaite que vous nous présentiez la situation des ex-bénéficiaires du RSA un an après leur sortie du dispositif pour entrée en formation ou dans un emploi. C’est ainsi qu’on pourra apprécier réellement l’efficacité de votre action d’insertion.

 

Quelques mots sur l’autonomie.

Vous avez amputé de près de 5,5 millions d’euros en deux ans (sur 2016 et 2017) les dépenses consacrées à l’autonomie. Et vous avez prévu de les faire baisser encore de près d’un million d’euros cette année. Alors que le nombre de personnes très âgées est en augmentation continue dans notre département ! Et qu’il va continuer à augmenter dans les années qui viennent.

 

Comment faites-vous ? C’est très simple : vous avez réduit les aides apportées aux personnes en perte d’autonomie et le nombre de personnes qui en bénéficient. Je conçois, bien entendu, qu’il faille contrôler la réalité du besoin de ces aides. Mais fallait-il taxer ces personnes, comme vous l’avez fait, en leur imposant ce que vous avez appelé une « contribution aux comptes publics de la nation » ? Je ne crois pas.

Je crois en revanche que c’est à l’Etat de mieux financer les allocations individuelles de solidarité, comme l’APA et la PCH, qui sont versées par les Départements. C’est une vieille bataille de l’Association des Départements de France, à laquelle nous avons participé. Il est vrai que l’Etat peut difficilement à la fois réduire ses recettes en supprimant l’impôt sur la fortune et augmenter les dotations versées aux Départements pour les personnes en perte d’autonomie. C’est un choix. Ce n’est pas le nôtre.

 

Ce qui est sûr, c’est qu’avec le vieillissement de la population corrézienne, un vieillissement plus accentué que presque partout ailleurs, les besoins et donc les dépenses vont augmenter dans les prochaines années, aussi bien pour le maintien à domicile que pour l’hébergement en établissement. Nous verrons ce qu’il sortira du schéma départemental de l’autonomie 2018-2022. Nous souhaitons naturellement être associés à son élaboration.

 

J’en arrive à la cerise sur le gâteau : la création d’une « réserve départementale de biodiversité » à Argentat.

Nous avions déjà une réserve mondiale de biosphère avec la vallée de la Dordogne dans sa partie corrézienne et au-delà. Nous allons en plus avoir une réserve départementale !! C’est formidable !

 

La réserve mondiale ne nous avait rien couté. La réserve départementale va coûter 4,5 millions d’euros !

 

Je comprends, bien sûr, la nécessité de reconvertir le site d’exploitation des gravières d’Argentat. Je comprends l’intérêt écologique de rendre à la nature ce site exploité pendant des décennies par des entreprises pour fournir de quoi faire des routes goudronnées et des parpaings. S’agissant des valorisations pédagogiques et touristiques de la future réserve, elles sont toutefois encore bien floues et restent donc à préciser.

Je comprend aussi l’intérêt politique que vous avez à afficher cette opération devant les militants écologistes et à les impliquer dans sa mise en œuvre.

 

Mais je m’interroge sur le montant très élevé des sommes à engager dans ce projet : 4,5 millions d’euros ! Alors que vous réduisez des dépenses nécessaires comme celles des aides pour les personnes âgées en perte d’autonomie.

Il était déjà tout à fait anormal que vous ayez fait un cadeau de 500.000 euros à l’entreprise qui va continuer à exploiter le site jusqu’à la fin de l’an prochain, alors que le service des Domaines avait estimé la valeur du site à 170.000 euros !

 

Que le Département ne paie pas de sa poche les 4 millions que va coûter la réhabilitation du site, c’est la moindre des choses. Mais on nous demande de nous engager dans cette opération sans savoir à quelle hauteur elle sera subventionnée, autrement dit sans savoir quelle sera la facture réelle pour le Département : 400.000 euros ? 1 million d’euros ? 1,5 million ? 2 millions ? On ne sait pas.

Cela pose un vrai problème de s’engager dans cette opération sans savoir. Alors que dans le même temps, vous réduisez les dépenses dans des domaines qui concernent la vie quotidienne des Corréziennes et des Corréziens.

Monsieur le Président, mes chers collègues, je vous remercie (de votre écoute).

 

 

 

 

Gribouille

 

 « L’eau doit être une priorité ! » C’est ce que Pascal Coste avait dit et répété l’an dernier à toutes les réunions cantonales avec les maires de la Corrèze. Il avait raison : avec la sécheresse que nous avons connue cet été et le réchauffement du climat qui se profile, nous risquons de manquer d’eau dans certains secteurs du département. Ce qui a d’ailleurs déjà été le cas à la fin de cet été sur le plateau bortois.

 

Pascal Coste a pourtant changé radicalement d’avis puisqu’il a fait savoir qu’à partir de l’an prochain, le Département cessera de participer au financement des travaux sur les réseaux d’eau et d’assainissement. De nombreuses communes et les intercommunalités seront ainsi contraintes de faire un choix : soit renoncer à des projets d’amélioration, de rénovation ou d’extension de leurs réseaux, soit augmenter le prix de l’eau payé par les habitants. Souhaitons que l’exécutif du Conseil départemental en revienne à une position conforme à l’intérêt des Corréziens.

 

Cette politique de Gribouille, cette méthode du je-fonce-tête-baissée-parce-que-j’ai forcément-raison est devenue la marque de fabrique de la majorité départementale actuelle. L’exemple le plus éloquent a été fourni par l’opération d’élagage : le lancement de cette opération a été si précipité, si radical et ses effets donc si calamiteux que Pascal Coste a dû rétropédaler, en revenir à des méthodes d’élagage raisonnées, même s’il était le plus souvent trop tard. Cette même méthode de Gribouille a été utilisée pour la réorganisation du service des routes du Conseil départemental.

 

Une vraie concertation, dès le départ, avec les agents et leurs représentants, plutôt que la précipitation et la marche forcée, aurait permis d’éviter tensions dans les services, démobilisation, insécurité professionnelle et donc souvent aussi personnelle. Car finalement, pour ne pas se retrouver face à un blocage, l’exécutif a bien dû faire des concessions. Et ce n’est pas fini : le mirifique projet Routes 4.0 présente encore de gros risques de bugs. Les usagers risquent d’en pâtir, tout comme les agents. Efficacité rime avec autorité, mais aussi avec respect des personnes, de tous les agents de la collectivité, et prise en compte de leur situation. Les élus de gauche défendront toujours le vrai dialogue plutôt que la politique de l’affrontement, au nom de l’efficacité.

 

Texte du groupe Corrèze à Gauche paru dans le Corrèze Mag d'octobre 2018